Pourquoi ce site

La démarche, les sources, les garde-fous et la position éditoriale du dossier CNuisible.

1. Le droit à l'information est un droit fondamental

L'article 11 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, adoptée en 1789, dit ceci : « La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l'Homme. » L'article 19 de la Déclaration universelle des droits de l'homme, adoptée en 1948, va plus loin : « Tout individu a droit à la liberté d'opinion et d'expression, ce qui implique le droit de chercher, de recevoir et de répandre, sans considération de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d'expression que ce soit. »

Recevoir une information fiable n'est pas un confort. C'est un droit. Et ce droit ne dépend ni de la couleur politique du lecteur, ni de celle du média. Il dépend du métier de journaliste fait correctement.

2. Il existe un standard professionnel reconnu

En 1971, à Munich, les fédérations de journalistes européennes ont adopté la Déclaration des devoirs et des droits des journalistes. Dix devoirs, cinq droits. Ce texte est aujourd'hui la référence déontologique du métier dans la plupart des pays européens.

Ces dix devoirs ne relèvent pas d'une opinion politique. Ils décrivent ce qu'est le journalisme correctement exercé : vérifier les faits, distinguer l'information de la propagande, ne pas dénaturer les sources, rectifier ses erreurs publiquement, respecter la vie privée, refuser toute pression.

Quand un média s'écarte de ces devoirs de manière chronique, ce n'est pas une opinion qu'on peut lui reprocher. C'est un manquement professionnel mesurable.

Consulter la Charte de Munich et son application au cas CNews

3. Il existe une autorité légale de contrôle

L'Arcom est une autorité administrative indépendante. Ce n'est ni un tribunal militant, ni un organe de censure. Sa mission, fixée par la loi, est de vérifier que les chaînes utilisant les fréquences hertziennes respectent leurs obligations.

Ces fréquences sont un bien public. L'État les prête à des opérateurs privés en échange d'engagements précis : pluralisme des opinions, traitement honnête de l'information, respect de la dignité humaine, protection des mineurs. Quand ces obligations ne sont pas tenues, l'Arcom intervient. Mises en garde, mises en demeure, sanctions financières, et dans les cas extrêmes, non-renouvellement de l'autorisation d'émettre.

Les décisions de l'Arcom contre CNews sont publiques. Elles sont consultables sur son site officiel. Elles ne sont pas une opinion : ce sont des actes administratifs motivés.

4. Pourquoi CNews

Ce site ne reproche pas à CNews d'avoir une ligne éditoriale. Ce qu'il documente, c'est l'écart entre la pratique quotidienne de la chaîne et les obligations professionnelles du journalisme.

Premièrement, parce qu'à ce jour, en France, sur la TNT, c'est le cas le plus visible et le plus documenté de manquement chronique aux devoirs du journalisme. Aucune autre chaîne en France ne cumule à ce niveau les sanctions de l'Arcom, les avis défavorables du Conseil de déontologie journalistique, les décisions du Conseil d'État et les témoignages internes convergents. La singularité du cas justifie la singularité du travail.

Deuxièmement, parce que la concentration capitalistique est inédite. CNews appartient à une galaxie médiatique contrôlée par une seule personne, Vincent Bolloré. Cette galaxie comprend également Canal+, Europe 1, Le Journal du Dimanche et Paris Match. La concentration de moyens d'information dans une main unique pose un problème démocratique en soi, indépendamment de la ligne éditoriale.

Troisièmement, parce que la ligne éditoriale est documentée par d'anciens journalistes de la chaîne. Plusieurs d'entre eux ont décrit publiquement, témoignages à l'appui, les consignes éditoriales internes, les contournements du pluralisme et le management par la peur. Ces témoignages sont eux-mêmes sourcés.

Quatrièmement, parce que l'effet sur le reste du champ médiatique est mesurable. Des études universitaires et des travaux journalistiques montrent que les thèmes saturés par CNews finissent par contaminer l'agenda d'autres rédactions. Ce phénomène est appelé « agenda setting ». Il est observable, pas spéculé.

5. Ce que ce site n'est PAS

Ce site n'est pas un site « anti-droite ». Documenter les manquements professionnels d'une chaîne d'information ne relève pas d'une bataille politique. Personne ici ne reproche à un éditorialiste d'être conservateur, libéral ou souverainiste. Ce qui est reproché, et seulement reproché, c'est l'écart entre une pratique professionnelle et un standard déontologique reconnu. Ce standard, la Charte de Munich, existait bien avant CNews. Il existera après.

Ce site n'est pas un appel à l'interdiction. Personne ici ne demande que CNews soit fermée. Ce qui est demandé est différent : que les obligations légales soient respectées, que les manquements soient connus du public, que l'autorité de régulation puisse exercer son rôle, et que le téléspectateur puisse exercer son jugement en connaissance de cause.

Ce site n'est pas partisan. L'association Sankofa, qui le porte, est indépendante de tout parti politique, de toute organisation syndicale, de toute confession religieuse. Elle ne reçoit aucun financement public lié à un mandat électif.

Ce site n'est pas un jugement moral sur les téléspectateurs ni sur les invités. Documenter les manquements d'une chaîne n'est pas insulter ceux qui la regardent ou ceux qui s'y expriment. Ce travail est dirigé contre une pratique professionnelle, pas contre des personnes.

6. Un danger pour le débat démocratique

Il faut être précis sur ce que ce site reproche à CNews. Ce n'est pas une essence, ce n'est pas une condamnation perpétuelle, ce n'est pas un jugement sur les personnes. C'est une description du fonctionnement actuel de la chaîne et de ses effets observables sur la qualité du débat public en France. La chaîne pourrait changer demain. Le constat porte sur ce qui est documenté aujourd'hui.

Premièrement, la saturation thématique impose son agenda au reste du paysage médiatique. Une chaîne d'information continue qui consacre la quasi-totalité de son antenne à trois ou quatre thèmes ne reflète pas l'état du pays. Elle impose une hiérarchie. Et parce qu'elle est consultée par des millions de téléspectateurs, parce que ses séquences sont reprises sur les réseaux sociaux, parce que les autres rédactions finissent par devoir réagir, elle finit par décider de quoi le reste du débat parlera. Ce phénomène est appelé « agenda setting ». Il est étudié, mesuré, quantifié.

Deuxièmement, la frontière entre information et opinion y est effacée. Une chaîne d'information se distingue d'une chaîne d'opinion. La première rapporte des faits, la seconde commente. Quand les deux sont présentées dans le même format, par les mêmes visages, sans signal clair pour le téléspectateur, ce dernier perd la capacité de distinguer ce qu'il est en train de regarder. Les sanctions chroniques de l'Arcom pour confusion entre genres journalistiques en attestent. Cet effacement est en soi un dommage démocratique : un citoyen privé des outils pour distinguer le fait du commentaire ne peut plus exercer son jugement librement.

Troisièmement, la répétition normalise.Quand les mêmes thèses, les mêmes invités, les mêmes formulations passent en boucle, sans contradiction réelle, elles cessent d'être une opinion parmi d'autres pour devenir une grille de lecture dominante. Le pluralisme affiché ne suffit pas à rétablir l'équilibre quand la fréquence et le temps d'antenne sont déséquilibrés. Le danger n'est pas que des opinions soient exprimées. Le danger est qu'elles soient exprimées sans contrepoint suffisant, à un rythme et à une visibilité qui les transforment progressivement en arrière-plan évident.

Quatrièmement, la concentration capitalistique fragilise l'ensemble du métier. Lorsqu'un même actionnaire contrôle simultanément une chaîne d'information continue, une chaîne généraliste, une grande radio, un quotidien dominical et un magazine, il contrôle aussi une part significative de la fabrique de l'opinion publique française. Cette situation produit un effet dissuasif sur les journalistes. Témoigner publiquement contre les pratiques d'une rédaction d'un tel groupe peut compromettre une carrière entière, parce que la galaxie englobe une part trop grande du paysage employeur. Plusieurs anciens salariés l'ont décrit.

C'est l'addition de ces quatre éléments, et non un seul d'entre eux pris isolément, qui motive ce dossier.

7. Méthodologie

Toutes les infractions documentées ici suivent les mêmes règles.

  • Une source institutionnelle obligatoire: Arcom, CDJM, décision de justice, étude universitaire, ou enquête publiée par un titre de presse reconnu. Aucun fait n'est publié sans URL vérifiable.
  • Une paraphrase stricte: aucun verbatim des articles d'enquête, par respect du droit d'auteur et pour limiter l'exposition à des poursuites baillon.
  • Une revue humaine avant publication: chaque fait passe d'abord en statut « En attente », puis est validé ou rejeté par un membre de l'association.
  • Une formulation factuelle : « L'Arcom a sanctionné CNews le tel jour pour tel motif. » Pas « CNews ment. »
  • Un droit de réponse ouvert: toute personne mise en cause directement peut demander la rectification ou l'ajout d'un droit de réponse via la page dédiée.

Sources principales consultées

8. Qui porte ce projet

CNuisible est édité par l'association Sankofa, déclarée en préfecture sous le régime de la loi de 1901. Sankofa est une association à but non lucratif. Elle ne vend rien, ne reçoit pas de subvention publique liée à un mandat, n'appartient à aucun parti politique, à aucune confession, à aucun syndicat. Son fonctionnement est bénévole.

Le contact, les mentions légales et le droit de réponse sont accessibles depuis le pied de page.